dimanche 19 septembre 2010

Solal hors de l'eau

Le moment est venu: ce 17 septembre, Solal sortait de l'eau pour une série de réparations liées à son utilisation intensive ces derniers mois. Avec l'aide d'Alex, l'opération s'est déroulée sans problème. J'ai quand même dû plonger de grand matin dans l'eau du port pour gratter l'hélice, déjà bien envahie par les coquillages. Un vrai bonheur, tant en ce qui concerne la qualité de l'eau que sa température. Mais ensuite, le passage de l'écluse, le dématage et le grutage se sont parfaitement déroulés. Quelques photos de cette journée... Et un grand merci à la photographe!




vendredi 27 août 2010

La vie sauvage


Si je me suis souvent fait la réflexion que la côte belge réserve parfois de belles surprises en terme de rencontres animales, il faut bien reconnaître que la plupart des êtres croisés sous nos latitudes sont des goélands ou des mouettes trop remplis des frites et des smoutebollen qu'ils viennent de chaparder sur la digue. Plus nous avons fait route à l'Ouest, plus la faune s'est diversifiée. Ce fut d'abord le vol extraodrinaire des fous de bassan qui bien souvent effectuent un tour complet de reconnaissance autour du bateau, avant de s'éloigner, ou de reprendre la pêche. Technique hallucinante: après avoir repéré un banc de poissons, le pêcheur monte à bonne hauteur avant de piquer sur sa proie, profilé comme un obus. Dur dur la vie de poisson. Ce fut ensuite le tour des pétrels, sorte de pigeon pélagique (qui ne revient donc à terre que pour pondre son unique oeuf de l'année...) et de nombreux oiseaux de mer, petits ou grands. Ceci-dit, ne nous voilons pas la face, ce fut bel et bien dans les eaux d'Irlande et du Pays de Galles que la Claudine Brasseur qui sommeille en moi est résolument sortie de sa torpeur. Un rorqual commun a salué de grand matin notre départ de Kilmore, en s'offrant un petit bol d'air juste sur l'arrière du bateau. Ce fut ensuite la rencontre de plusieurs groupes de dauphins. Comme souvent, l'escorte joyeuse dure 10 à 15 minutes, durant lesquelles plongeons, bonds en tous genres, passages sous le bateau et danse devant l'étrave composent un spectacle extraordinaire. Au début, on en oubliait le cap à suivre...


Une des stars de notre périple fut le magnifique jeune phoque domicilié dans la crique de Skomer Island, et qui fut notre voisin le temps d'un séjour absolument magique. L'île est inhabitée et accueille donc des milliers d'oiseaux. Embarqués dans l'annexe pour gagner la côte et faire une balade sur l'île, nous tombons nez à museau avec un individu au pelage brun clair, en plein bain de soleil sur un rocher couvert d'algues...


Cinq heures plus tard, l'animal s'est déplacé de 20 mètres et flotte tranquillement dans l'eau calme de la crique. A nouveau dans notre annexe, nous nous approchons calmement de la grande paire de moustaches...



Entretemps, nous avons découvert que l'île est un sanctuaire pour macareux. Le superbe petit clown des mers vit dans des galeries au sommet des falaises. Et en sort comme un diable de sa boîte...



Sur Skomer Island, toujours, nous avons vu un grand groupe d'oies. Comme autant de périscopes mobiles scrutant les alentours, une dizaine longs cous prolongés d'une petite tête dépassaient des hautes herbes. Soudain, pour une raison inconnue, ce fut l'envolée générale...






Et puis, je m'en voudrais d'oublier tous nos autres amis: moineaux, grives, merles, veaux, vaches, cochons, et bien sûr les maquereaux...


dimanche 22 août 2010

Irlande 2010

Cliquez sur la photo pour le lien Picasa vers les photos du voyage...

Solal en Irlande


La tour d'Ostende m'est aussi disgracieuse que familière. Presque réconfortante en ces circonstances... Voilà la pensée qui me traverse l'esprit au moment de voir surgir de l'horizon le sombre amer que nous avions vu disparaître de la même manière quelque quarante jours plus tôt. Quarante jours, à quatre, à trois et puis finalement à deux, sur mon plus beau voilier du monde, sur ce bon vieux Solal qui a été à la hauteur des mers de légende vers lesquelles nous avons dirigé sa robuste étrave (!). Quarante jours de navigation à travers les courants et les marées, 1.500 milles nautiques, 27 ports, des centaines d'heures de quart de jour comme de nuit, à veiller sur le bateau traçant obstinément sa route. Quarante jours de partage d'un espace de vie, d'activités quotidiennes qui, de banales à terre, se muent souvent en prouesses sur la mer. Quarante jours d'espoirs satisfaits ou déçus, de plans sans cesse revus et corrigés à l'aune des éléments. Quarante jours, enfin, d'images fortes au contact d'une nature sans compromis, pourvoyeuse de mille merveilles offertes intactes à qui veut les saisir.

L'itinéraire


L'aller: tracé rouge

4 juillet: Ostende - Blankenberge (c'est ce qui s'appelle un faut départ)
5 juillet: Blankenberge - Dunkerque
6 juillet: Dunkerque - Boulogne
7 et 8 juillet: Boulogne - Dieppe
9, 10 et 11 juillet: Boulogne - Saint-Vaast-La-Hougue
12 juillet: Saint-Vaast-La-Hougue - Cherbourg
13 juillet: Cherbourg - Alderney
14 juillet: Alderney - Guernesey
16 juillet: Guernesey - Dartmouth (UK)
17 juillet: Dartmouth - Plymouth
18 juillet: Plymouth - Falmouth
21 juillet: Falmouth - Newlyn
22 juillet: Newlyn - Iles Scilly (Saint Mary)
24 et 25 juillet: Îles Scilly - Kilmore (Irlande)

Le retour: tracé bleu

27 juillet: Kilmore - Skomer Island (Pays de Galles)
29 juillet: Skomer Island - Milford Haven
31 juillet et 1er août: Milford Haven - Penzance
4 août: Penzance - Mevagissey
5 août: Mevagissey - Salcombe
7 août: Salcombe - Weymouth
9 août: Weymouth - Yarmouth
10 août: Yarmouth - Brigthon (via Cowes)
11 août: Brighton - Douvres
13 août: Douvres - Ramsgate
14 août: Ramsgate - Calais
17 août: Calais - Ostende



Des Açores dont le parfum presque exotique hantait mes nuits depuis de longues semaines, la destination s'est donc déplacée de quelques degrés vers le Nord. Penser Horta et se retrouver près de Cork... Ce serait comme viser Tunis et atterrir à Berlin, rêver à Miami et finir à Toronto. Ceci fut une des grandes leçons du voyage, applicable à toute navigation, sans limite géographique: on va là où veut le vent. Le plaisir en mer passe par l'acceptation de ce premier de tous les principes: on ne lutte pas contre les éléments. C'est valable pour le vent mais aussi pour le courant qui est un force qui lui est souvent supérieure, surtout dans les zones que nous avons sillonnées. Le port du grand départ pour le Sud était Falmouth. Arrivés avec quatre jours de retard sur le programme, nous n'avons pas pu quitter Falmouth en direction du Sud Ouest. Par contre la voie vers le Nord était grande ouverte, avec ce qu'on appelle une belle "fenêtre météo": 4 à 5 Beaufort, au portant, c'était du tout cuit. Quand je réfléchis à tout ceci, je me dis que c'était sans doute une très bonne alternative, dans la mesure où il y aurait probablement eu un "chaînon manquant" dans mon expérience si nous avions dû nous lancer dans une demi-traversée de l'Atlantique. Nous n'avons pas fait plus de 40 heures de mer entre deux escales et c'était déjà très riche d'enseignements en ce qui concerne la gestion de la fatigue, du sommeil, de la cuisine, de la navigation, bref de tout ce qui fait le quotidien du marin. Pour être bien en mer, il faut s'apprivoiser soi-même et cultiver en soi un calme conservatoire. Et je pense qu'aborder cet aspect de la "discipline" par des escales de longueur moyenne était une bonne préparation. Je me dis que je sais maintenant où puiser en moi-même pour faire face à du plus long et du plus rude. En fait la traversée vers l'Irlande (36 heures de mer) m'a fait prendre conscience que nos navigations côtières en Manche ont souvent quelque chose de contre-nature. Ces heures en Mer Celtique m'ont donné un avant goût de ce qu'est vraiment la navigation hauturière. Le vent du Sud Ouest faisant figure d'alizé stable et soutenu, nous n'avons eu qu'à envoyer toute la toile et à foncer droit devant nous, sous régulateur d'allure. Pas de cargo, pas ou peu de courant, pas de casier de pêcheur: la mer libre, 160 milles d'eau à courir. Ca change assez radicalement des "ronds dans l'eau" ou apparentés que nous faisons tout au long de l'année en Manche. Entre les bouées, les chenaux, les bancs, les cargos, le courant, le bateau évolue sur un véritable parcours d'obstacles. Certains adorent. Moi j'adore le sentiment d'avoir la mer entièrement ouverte face à moi. Non que ce soit déplaisant de jouer avec le courant et les marées, véritable "ascenseur" pour qui sait l'attrapper à temps, mais la promenade ne cède réellement le pas au voyage que lorsque on sort de la Manche, c'est indéniable.

Le courant

Elément incontournable de toute navigation en Manche, le courant de marée prend sous certaines latitudes une ampleur absolument effarante. Au gré des caps et autres péninsules, les accélérations sont fulgurantes, et ce alternativement vers l'Ouest et vers l'Est, sur les 12 heures que compte un cycle complet de marée. En fonction des phases de la lune, le phénomène est plus ou moins marqué. Il ne s'est presque pas passé un jour sans que l'heure de la marée ne détermine l'horaire de la journée, heure de départ, d'arrivée et destination comprises. Je parlais d'ascenseur... Un bel exemple: entre Ramsgate et Nieuport, je l'ai somptueusement raté. Résultat, trois jours coinçés à Calais pour cause de tempête. Ca fait mal... En bleu, la trajectoire. En rouge, le vent.

Un exemple de courant "visible": le clapot très court qu'on voit sur la photo ci-dessous est dû au courant de marée s'engouffrant (avec nous) dans le Solent. C'est un vrai bouillonnement, avec 30 mètres de fond!



Autre exemple du phénomène d'ascenseur: 11 noeuds dans le mythique Raz Blanchard. Autant dire que le prendre à l'envers équivaudrait à faire marche-arrière à la vitesse de 4 noeuds. En tous cas, c'est une valeur rarement atteinte sur le GPS...



Intermède: le Capitaine Smeets vous encourage!




Voici pour le lecteur fidèle de ce blog - qui seul en percevra la saveur et la finesse - une sélection de messages reçus tout au long du voyage de la part du Capitaine de vaisseau Etienne Smeets. Y a pas de doute, ça remonte le moral...

"Un grand et beau voyage, all crew members. With love. xxx"


"Far away from Horta but good luck. So far so good. Amitiés à l'équipage. xx"


"Ahoy Solal, pas trop secoué cette nuit ???"


"Pour le Gascogne, fais quand même gaffe. Infidèle comme une femme, il est...!"


"After investigation, don't engage the golf without a good broadcast and escape route. Wind and sea sometimes rude. Please be careful. Ride and kiss. xxx"


"Wake up, little Solal, wake up (air connu). xx"


"Ivrognes!"


"Bateau de tapettes"


"Dur dur sans vent sur un voilier ??? xx"


"Alors bande de moules, fleurs d'estacade, toujours occupés à cuver sur le navire hôpital ??? xx"


"Ceoil agus craig"


"Solal, debout bande de ploucs, la marée est en votre faveur! xx"


"Position of the two prawns on board of Solal ???"


"C'est fou la vitesse d'une tortue. xxx"


"Very well, les mollusques, and happy national day"


"Pas encore dans le ventre des requins...?"


"Scilly con carne ou con prawns??"


"Last news: dép. Açores plus dép. Sud de l'Islande. Vents tournant NNW à NW, 4 à 8 Beaufort, pluie et orage en perspective, creux de 4 à 6 mètres, chute de la température. Si ça passe chez vous, fuyez et planquez-vous!! xxx"


"Faudrait retourner à l'école. Pas de baleine mais un rorqual commun. Et question d'hallucinogènes, vous êtes au top, hippies. xxx"


"Horse piss drinkers!"


"Cornish jellyfish with bikes et en plus imbibés. Shame on you, master and crew. xx"


"Et alors, cornish fags, you still alive???"


"Alors bande de méduses gelatineuses et gluantes, comment va la vie aquatique?? xx"


"Courage les morues barbues, ça sent l'écurie! xx"


"Qui voit les côtes avant le port est un marin, qui voit le porc avant les côtes est un boucher. Sic. xx"


"Vomi soit qui mal y bande. xxx"

La suite au prochain numéro...

lundi 21 juin 2010

La mouette et le lapin

En primeur pour les lecteurs de mon blog, la dernière création littéraire de mon copain Etienne, dont la verve et l'inspiration s'épanouissent en ces premiers jours de beau temps. Un instant de poésie qui fleure bon la marée basse, le varech et la vieille moule...





La mouette et le lapin

Fut un temps, il y a longtemps,
Un lapin marin s'amarina
D'une mouette au cul superbe.
Une coque digne d'une musique de Germanie,
A l'encontre d'un orgue massif
Ressemblant aux plaines d'Ukraine.
Sans vouloir s'y faire,
Le lapin développa son service trois pièces
Qu'il avait minibus pour un complet
Terminus post quem.
La mouette ne se sentant plus
Concéda sa poupe à la bête aux grandes oreilles
Qui la prit, bravant vents et marées.
De cette nuit barbare et dans les vocalises
Des bêtes à poils et à plumes,
Naquit Solal qui à l'instant
Se prit pour une frégate,
Largua ses trosses
Et se perdit dans la fosse.
Moralité: méfiez-vous des mouettes
Et ne faites pas le lapin.
Fucking is same like Guiness is good for you!



Etienne Smeets, capitaine du vaisseau "Lieutenant Colonel Claymore"

mardi 6 avril 2010

Le capitaine Smeets dit "le Baron" remet le couvert



Une bonne année s'est écoulée depuis le dernier séjour du capitaine de vaisseau Etienne Smeets, dit "le Baron", à bord du Solal. Les afficionados de ce blog se souviendront de son poème célébrant la renaissance de mon bateau. Ceux qui le connaissent personnellement se souviendront des autres poèmes que la décence m'empêche de publier ici mais qui nous font quand même bien rire (la célèbre "Chatte nautique", ou encore - tout récemment - "La Mouette"). Voici en images, quelques souvenirs d'une courte après-midi de navigation devant Ostende, sans aucun autre commentaire qu'un poème que je souhaite à mon tour offrir à mon vieux copain aux chaussettes roses...













Ô innénarrable Capitaine Etienne,
Vulgaire et lubrique comme une chienne,
ta plume sauvage vole sur le papier,
et de ta monstrueuse libido nous fait profiter.

Marins d'eau de vaisselle ou fumeurs de joints,
buveurs de coca ou con de Moitessier,
contre vents et marées tu fais du foin,
à travers les mers tu nous casses les pieds.

Fier marin, capitaine du Claymore,
bien vivant, tu n'es pas encore mort.
Et si ta prostate le permet,
de nombreuses femmes crieront encore:"Ohé!"















mercredi 31 mars 2010

Quand le Luxembourg rencontre Ostende

Petite sortie avec Alex, experte en bonenschlup et en musique baroque, pour un petit tour à la voile, en prévision d'une véritable croisière à Pâques. Un petit quatre Beaufort, un régulateur d'allure au mieux de sa forme et un soleil généreux étaient au rendez-vous pour cette première rencontre sur l'eau de Solal et ma belle...




Le beau ketch "Brandane" de mon voisin Patrick, croisé dans l'avant port, alors que le soleil décline doucement.